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Après 35 ans de MINURSO, que va-t-il se passer sur le terrain ?

Par Lesinfos -le

Après 35 ans de MINURSO, que va-t-il se passer sur le terrain ?
La fin de la MINURSO ouvre une séquence inédite au Sahara. Avec le retrait des observateurs onusiens, le mur de sécurité marocain revient au centre de l’équation militaire, tandis que Rabat maintient son engagement envers le cessez-le-feu et que la question du dispositif de surveillance reste ouverte.

Après trente-cinq années de présence, la MINURSO entame son retrait. Faute de renouvellement de son mandat par le Conseil de sécurité, la mission onusienne a cessé ses opérations le 31 octobre, avant l’ouverture, dès le lendemain, de sa phase de liquidation.

 

Une équipe réduite doit désormais organiser le retrait du personnel et des équipements. Aucun calendrier définitif n’a encore été annoncé pour la fin complète de cette présence, qui structurait depuis 1991 une partie du dispositif de surveillance du cessez-le-feu.

Cette nouvelle donne place directement sous les projecteurs le mur de sécurité marocain, long d’environ 2.700 kilomètres, qui sépare la zone située à l’ouest, administrée par le Maroc, des espaces désertiques à l’est où le Polisario maintient plusieurs positions.

 

Le mur au centre du dispositif

 

Construit progressivement durant les années 1980, le mur constitue depuis plusieurs décennies la principale ligne de défense déployée sur le terrain. Il protège les principales agglomérations et infrastructures situées dans la partie administrée par le Royaume.

 

Jusqu’à présent, la présence de la MINURSO ajoutait à ce dispositif une couche de surveillance internationale. Ses observateurs effectuaient des patrouilles, maintenaient des postes sur le terrain et contrôlaient le respect des arrangements militaires conclus avec les parties.

 

L’Accord militaire n°1 avait notamment défini différentes zones autour du mur, avec des degrés variables de restrictions sur les mouvements militaires. La bande tampon située à l’est du dispositif constituait le secteur soumis aux contraintes les plus fortes.

 

Avec le départ de la mission, cette architecture perd son mécanisme international de vérification directe. Cela ne signifie toutefois pas que les équilibres territoriaux ou les engagements militaires disparaissent automatiquement.

 

Le cessez-le-feu reste la ligne affichée par Rabat

 

Le Maroc a clairement dissocié la disparition de la MINURSO du cessez-le-feu lui-même. Dans son communiqué du 30 octobre, le Cabinet royal a réaffirmé l’attachement du Royaume à cet engagement, tout en soulignant que le retrait de la mission devait désormais être organisé.

 

Cette distinction est centrale. La fin du mandat onusien retire le dispositif chargé de surveiller le terrain, mais ne constitue pas, à elle seule, une autorisation de modifier par la force les positions existantes.

 

Toute évolution militaire majeure autour du mur ferait immédiatement entrer le dossier dans une autre dimension, avec des conséquences régionales et diplomatiques difficiles à contenir.

La question n’est donc pas seulement de savoir ce que permet désormais l’absence de la MINURSO, mais surtout quel mécanisme pourra, à terme, éviter que des incidents locaux ne débouchent sur une escalade plus large.

 

Une surveillance désormais sans observateurs onusiens

 

Depuis plusieurs années, les Forces armées royales ont renforcé leurs capacités de surveillance et de renseignement dans les zones situées au-delà du mur. L’observation aérienne, les moyens technologiques et le suivi à distance ont pris une place croissante dans le contrôle de cet espace désertique.

 

La disparition des patrouilles de la MINURSO modifie néanmoins la nature du dispositif. Jusqu’ici, la mission fournissait une source d’observation extérieure et jouait un rôle d’intermédiaire lorsqu’un incident était signalé par l’une des parties.

 

Sans cette présence, la responsabilité de prévenir les erreurs de calcul repose davantage sur les acteurs eux-mêmes. Une situation d’autant plus sensible que les tensions ont repris depuis novembre 2020 et que le Polisario avait alors déclaré ne plus se considérer lié par le cessez-le-feu.

 

Pas de changement automatique à l’est du mur

 

Le départ de la MINURSO ne modifie pas non plus mécaniquement le statut des territoires situés à l’est du dispositif de défense. Ces espaces restent au cœur du différend et aucune décision du Conseil de sécurité n’en a transféré le contrôle à l’une ou l’autre des parties.

 

Le Polisario y maintient plusieurs implantations, notamment autour de Tifariti et Bir Lahlou, tandis que son centre politique et militaire principal demeure établi dans les camps de Tindouf, en Algérie.

Pendant plusieurs décennies, la MINURSO a circulé dans ces zones pour observer les mouvements militaires et signaler les violations des accords. Son départ laisse donc un vide opérationnel réel, sans pour autant effacer les lignes de confrontation héritées du cessez-le-feu.

 

Rabat veut ouvrir une nouvelle étape

 

Pour le Maroc, la non-reconduction de la MINURSO dépasse cependant la seule dimension militaire. Rabat considère qu’elle marque une rupture dans le traitement international du différend et souhaite désormais recentrer les discussions autour de son initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine.

 

La résolution 2797, adoptée en octobre 2025, avait déjà fait du plan marocain la base des négociations et présenté une autonomie réelle comme une issue pouvant constituer la solution la plus réalisable.

 

L’échec du Conseil de sécurité à renouveler la mission ne met toutefois pas fin à toute implication des Nations unies. Le secrétaire général António Guterres a indiqué que l’organisation restait disponible pour accompagner les efforts visant une solution politique, notamment par l’intermédiaire de son envoyé personnel Staffan de Mistura.

 

Un nouvel équilibre encore à construire

 

L’après-MINURSO ouvre ainsi davantage de questions qu’il n’apporte de réponses immédiates. La première concerne la surveillance du cessez-le-feu. La deuxième touche aux mécanismes capables de prévenir une escalade autour du mur. La troisième porte sur l’avenir du processus politique après l’impasse du Conseil de sécurité.

 

Plusieurs scénarios restent possibles : le maintien du statu quo militaire sans présence onusienne permanente, la création ultérieure d’un autre mécanisme de vérification ou la montée des tensions si l’une des parties cherche à modifier les positions existantes.

 

Pour Rabat, le message affiché reste celui d’une continuité sécuritaire accompagnée d’un changement diplomatique. La MINURSO quitte progressivement le terrain, mais le mur de sécurité demeure. Et c’est désormais autour de lui, autant que dans les enceintes diplomatiques, que se dessinera une partie de la nouvelle équation du Sahara.


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